Tissages et métissages
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3 septembre 2009 par admin
Art & Artisanat, Artistes
Si pour Emmanuelle Podgaïetsky, « le regard est un miroir de l’âme », ses toiles en sont un parfait reflet dans lequel on peut lire à livre ouvert ; un patchwork de matières et de techniques dans lequel les influences de l’Afrique et de l’Asie sont omniprésentes.
De grands yeux ouverts sur le monde, des visages métissés au port fier et altier, des femmes chamarrées ; Emmanuelle empreint ses œuvres de ses émotions, de ses fantasmes de femme, de ses rêves de gosse et de ses souvenirs de voyages. Des lèvres charnues de ses princesses parées qu’elle fige sur ses toiles émane la volupté des femmes d’Orient, d’Inde ou d’Afrique, que l’on imagine tout droit sorti des contes des « Mille et une nuits ». Shéhérazade ornée de perles et de voiles légers se décline à l’infini. Tantôt « portrait-sculpture » aux yeux fermés témoignant d’un état méditatif, ou les yeux grands ouverts, miroirs de l’âme, tantôt la face demi cachée suggérant l’observation discrète, tantôt en gros plan dans des œuvres intitulées « innamoramento » (tomber en amour en italien) ; déesses ou princesses, les femmes d’Emmanuelle sont universelles et intemporelles, figées dans l’éternelle jeunesse des héroïnes de contes et légendes. Elles livrent dans la grâce de leurs traits fins, dans l’ourlet parfait de leur visage, dans la volupté de leurs apparats, un émerveillement, une émotion qui nous bouleverse et nous bouscule.
Ses sources d’inspiration sont diverses : il y a d’abord sa fascination pour la négritude, son esthétisme et son histoire, qui remonte à ces années d’enfance où elle vécut en Afrique ; il y a aussi l’art ornemental de l’Afrique du nord qui transpire partout sous la résine de ses toiles ; il y a enfin de grands peintres tels Picasso et Modigliani pour leur façon de peindre les visages et les corps, Klimt, pour le raffinement, l’aspect précieux et l’onirisme de ses œuvres ; Hundertwasser et Alechinsky pour leur travail d’abstraction.
Sur les toiles d’Emmanuelle, les techniques se mêlent, s’emmêlent, se confondent et finalement… se complètent ; collage, acrylique, encre, aquarelle, pastel sec ou à l’huile témoignent d’une parfaite maîtrise des matières, acquise dans divers ateliers. « Ce qui m’intéresse, c’est effectivement la rencontre de toutes ces techniques, des couleurs chaudes et des couleurs froides, les effets de matières ». Sous les pinceaux naissent ainsi cuirs, tissus et perles, éléments s’imbriquant tel un patchwork ou un tapis et que, de près ou de loin, on se surprend à confondre.
Emmanuelle peint aussi avec les doigts tandis qu’elle gratte et sculpte au couteau. Ses « peintures-sculptures » sont constituées d’une toile rigidifiée à la résine, enduites ensuite de ciment ou de plâtre. Emmanuelle incruste alors son croquis dans cette matière molle qui se fige rapidement, obligeant l’artiste à des traits simples mais non simplistes. Le dessin est ensuite protégé d’une nouvelle couche de résine. Le travail d’ornement peut alors commencer. Le cadre en fait partie intégrante. Dans certaines œuvres, il est totalement intégré à la toile, prolongement naturel d’une scène qui ne peut s’enfermer, d’un regard qui fixe l’infini, d’une œuvre moderne qui transgresse les codes et les interdits.
C’est son arrivée en Martinique, il y a quelques années qui déclenche une frénétique envie de peindre. Emmanuelle délaisse alors l’art thérapie pour se consacrer à la création. De ses évasions aux quatre coins du monde, elle tire des compositions abstraites qui se déclinent tel un carnet de voyages.
Installée depuis un an en Guadeloupe, l’artiste souhaite aujourd’hui « s’exporter » pour se confronter à un autre public et se remettre en question. Après avoir exposé en novembre à Pointe-à-Pitre puis à St Barth en décembre, elle rêve désormais d’autres horizons. Les Etats-Unis et le Canada lui font les yeux doux, mais le transport de toiles qui ne se roulent pas est un peu compliqué.
Pour en (sa)voir plus : www.emmanuelle-galerie.com




